Un atelier de réflexion organisé les 24 et 25 septembre 2026 à Grand-Bassam vise à définir des mécanismes de financement durables pour les audits énergétiques, la rénovation et l'exploitation des bâtiments publics énergivores
Renforcer la maîtrise de l'énergie dans les bâtiments publics
Depuis 2014, la Côte d'Ivoire a engagé le renforcement de sa gouvernance énergétique, notamment à travers l'adoption de la loi portant Code de l'électricité. Cette dynamique s'est poursuivie avec la Politique Sectorielle de Développement des Énergies Renouvelables et de l'Efficacité Énergétique (PSDEREE), adoptée en 2019.
Dans le cadre de la mise en œuvre de cette politique, le Décret n° 2016-862 du 3 novembre 2016 a institué un système d'audit énergétique obligatoire et périodique sur le territoire national. Ce dispositif a été précisé par l'arrêté interministériel n°156/MMPE/MCLU/MT/MINEDDTE/MCI du 23 avril 2024, qui fixe notamment les conditions d'assujettissement des organismes consommateurs d'énergie, les modalités de réalisation des audits et les conditions d'exercice de l'activité d'auditeur énergétique.
La maîtrise de l'énergie dans les bâtiments constitue également un levier important de la politique climatique nationale. À travers ses Contributions déterminées au niveau national (CDN 3.0), adoptées en novembre 2025, la Côte d'Ivoire a inscrit l'efficacité énergétique parmi les mesures destinées à contribuer à ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de développement des énergies renouvelables.
Les bâtiments publics, un gisement important d'économies d'énergie
Le parc immobilier public représente un enjeu à la fois budgétaire, énergétique et environnemental pour l'État. En 2024, les bâtiments publics ont consommé environ 508 GWh d'électricité, pour une facture estimée à 57 milliards de francs CFA.
508 GWh
consommés par les bâtiments publics en 2024
57 Mds FCFA
de facture énergétique annuelle
79
bâtiments publics énergivores assujettis à l'audit
Dans un contexte de croissance de la demande nationale d'électricité, l'amélioration de la performance énergétique des bâtiments publics apparaît comme un moyen de réduire les dépenses de fonctionnement de l'État, de libérer des capacités électriques pour les usages productifs et de contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
La mise en œuvre des recommandations issues des audits énergétiques peut, selon les estimations présentées dans le cadre de l'atelier, permettre de réaliser des économies de l'ordre de 10 à 30 % sur les factures d'énergie, selon les caractéristiques des bâtiments et les mesures engagées.
Des expériences pilotes qui démontrent l'intérêt de la rénovation énergétique
L'État de Côte d'Ivoire a déjà engagé des initiatives visant à améliorer la performance énergétique de certains bâtiments publics.
Parmi ces expériences figure la rénovation de l'immeuble SOGEFIHA, premier bâtiment public mis en conformité avec les normes d'efficacité
énergétique. Réalisée avec l'appui de l'Union européenne, pour un investissement d'environ 1,5 milliard de francs CFA, cette opération aurait permis d'enregistrer plus de 30 % d'économies d'énergie annuelles et d'éviter près de 750 tonnes de CO₂ par an.
Par ailleurs, un Programme de Maîtrise de l'Énergie, soutenu par la coopération allemande à travers la KfW et par l'Union européenne, prévoit, dans sa première composante, l'audit et la rénovation de quatre bâtiments publics énergivores d'ici à 2028.
Ces initiatives constituent des expériences utiles pour apprécier les bénéfices des investissements dans l'efficacité énergétique et préparer leur élargissement à d'autres bâtiments publics.
Le financement, un défi majeur pour le passage à l'échelle
Malgré ces acquis, la généralisation des audits et des travaux de rénovation énergétique demeure confrontée à des contraintes institutionnelles et financières.
La Direction Générale de l'Énergie, chargée de la mise aux normes des bâtiments publics en matière d'efficacité énergétique, fait notamment face à des difficultés de mobilisation des ressources nécessaires au financement des audits obligatoires et à la préparation des opérations de rénovation.
De leur côté, les travaux de rénovation énergétique constituent des investissements publics qui doivent être priorisés et inscrits dans le Programme d'Investissements Publics (PIP), sous la coordination des structures compétentes en matière de planification. Leur réalisation nécessite ensuite la mobilisation de ressources budgétaires ou de financements extérieurs.
L'articulation entre les économies d'énergie attendues et le financement des audits, des travaux et de la maintenance représente également un enjeu important. Enfin, l'exploitation et la maintenance des bâtiments rénovés nécessitent une organisation durable, fondée sur des responsabilités clairement définies, des contrats adaptés et des ressources financières identifiées.
Une concertation multisectorielle pour définir des solutions opérationnelles
C'est dans ce contexte que se tient l'atelier de Grand-Bassam. La rencontre vise à établir un diagnostic partagé des contraintes institutionnelles et financières, à examiner les mécanismes de financement mobilisables et à dégager des recommandations concrètes pour faciliter la mise en œuvre des projets de maîtrise de l'énergie dans les bâtiments publics.
Les échanges réunissent notamment la Direction Générale de l'Énergie, la SONAPIE, les structures en charge du Plan et du Budget, l'Agence Comptable Centrale du Trésor (ACCT), le ministère chargé de la Construction, les partenaires techniques et financiers ainsi que les établissements bancaires concernés.
Les travaux portent sur le financement des audits énergétiques obligatoires et la préparation des projets de rénovation, les conditions d'inscription et de priorisation des investissements dans le PIP, la programmation budgétaire, les instruments de financement proposés par les partenaires techniques et financiers et le secteur bancaire, ainsi que les mécanismes de financement de l'exploitation, de la maintenance et du facility management.
À travers ces échanges, la DGE présentera notamment une fiche projet portant sur 25 audits énergétiques additionnels et la rénovation de 12 bâtiments publics, pour un montant indicatif de 41 262 640 000 francs CFA.
Trois groupes de travail pour une feuille de route concertée
Afin de favoriser des résultats opérationnels, l'atelier prévoit la mise en place de trois groupes de travail consacrés respectivement aux audits énergétiques et à la préparation des projets de rénovation ; aux mécanismes de financement et à l'inscription des investissements dans le PIP ; et à l'exploitation, à la maintenance et au facility management des bâtiments publics.
Ces groupes auront pour mission d'analyser les mécanismes existants, d'identifier les conditions de leur mise en œuvre et de formuler des recommandations prioritaires.
Les travaux s'appuieront également sur les retours d'expérience relatifs à la rénovation de l'immeuble SOGEFIHA et au modèle de facility management appliqué aux tours administratives A et B.
L'objectif est de parvenir à une feuille de route consolidée précisant, pour chaque action retenue, les responsables, les partenaires, les sources de financement, les prérequis, les échéances et les indicateurs de suivi.
Des recommandations assorties d'un dispositif de suivi
Au terme de l'atelier, les participants devraient disposer d'un diagnostic partagé des besoins et des blocages liés au financement des audits, des rénovations et de l'exploitation-maintenance des bâtiments publics.
Des orientations seront également formulées pour améliorer la mobilisation des ressources de l'État, notamment à travers le PIP, le budget et le FONAME, ainsi que pour faciliter l'accès aux financements extérieurs.
La DGE assurera le secrétariat technique du suivi des recommandations, en liaison avec le FONAME et les structures compétentes. Le rapport de l'atelier, la matrice des recommandations et la feuille de route devront être finalisés dans les quinze (15) jours suivant la rencontre.
Une première revue de mise en œuvre est prévue dans un délai de trente (30) jours, tandis que les dossiers prioritaires à inscrire au PIP, à programmer au budget ou à soumettre aux partenaires techniques et financiers devront être identifiés et documentés dans un délai de quatre-vingt-dix (90) jours.
15 jours
pour la remise du rapport et de la feuille de route
30 jours
pour la première revue de mise en œuvre
90 jours
pour documenter les dossiers prioritaires
À travers cette démarche, le Ministère des Mines, du Pétrole et de l'Énergie entend renforcer la coordination des acteurs et créer les conditions nécessaires à une mobilisation durable des financements en faveur de la performance énergétique du patrimoine immobilier public.


